Genève a voté, et la Moneta est dans la course

L'Académie du GPHG a retenu la Frédérique Constant Classics Moneta Handwinding parmi les finalistes 2026. Détail de la montre, du calibre et du prix.

Share
Genève a voté, et la Moneta est dans la course

Le 1er septembre 2026, l'Académie du Grand Prix d'Horlogerie de Genève a rendu son premier verdict de l'année. Sur les centaines de garde-temps engagés, 84 restent en lice, répartis en quatorze catégories. Frédérique Constant y figure deux fois, ce qui place la maison genevoise dans un groupe restreint de huit marques ayant obtenu plus d'une sélection cette année. La première de ces deux montres est la Classics Moneta Handwinding, retenue dans la catégorie Challenge.

Pour une maison dont le positionnement repose depuis 1988 sur l'idée d'une horlogerie mécanique accessible, une nomination dans cette catégorie précise a plus de sens qu'un trophée décroché ailleurs. Encore faut-il comprendre ce que cette catégorie récompense, et ce que la montre propose réellement.

Quatre-vingt-quatre montres, quatorze catégories

L'Académie du GPHG rassemble environ mille membres à travers le monde : collectionneurs, journalistes, détaillants, professionnels de l'industrie. Ce sont eux qui votent une première fois pour établir la présélection, avant le vote final qui désignera les lauréats.

Le millésime 2026 confirme deux tendances. Les grandes maisons restent solides, Chopard ayant vu ses six montres engagées toutes retenues, tandis qu'Audemars Piguet, Bvlgari et Parmigiani Fleurier en placent quatre chacune. En parallèle, les indépendants et les nouveaux venus gagnent du terrain, avec des candidats venus du Japon, de Chine, du Royaume-Uni, des États-Unis et du Moyen-Orient. Le concours s'internationalise nettement par rapport à la décennie précédente.

Il faut aussi dire une chose que la presse spécialisée mentionne rarement : les marques s'inscrivent elles-mêmes au GPHG et acquittent des frais de participation. La présélection n'est donc pas un classement objectif de la production horlogère mondiale, mais le résultat d'un vote entre pairs portant sur les montres effectivement engagées. Plusieurs des plus grandes maisons du secteur ne concourent pas du tout. Cela n'enlève rien à la valeur de la sélection, mais cela en fixe le cadre.

La catégorie Challenge, un exercice plus difficile qu'il n'y paraît

Challenge est la catégorie réservée aux montres situées au bas de l'échelle tarifaire du concours, le plafond ayant été fixé à 3 000 CHF lors des éditions récentes. C'est, contre-intuitivement, l'une des catégories les plus exigeantes du GPHG. Sur une pièce à complication vendue plusieurs dizaines de milliers de francs, la marge technique permet de convaincre par la démonstration. Sous ce plafond, il n'y a nulle part où se cacher. Chaque décision de conception se paie, et le jury voit immédiatement où la marque a rogné.

Frédérique Constant y affronte cette année Beaubleu, Beda'a, Favre Leuba, King Seiko et SpaceOne, un plateau qui mélange indépendants créatifs et poids lourds japonais. Aucune de ces montres n'a de complication majeure à faire valoir. Elles se jugent sur la cohérence, la finition et la justesse du rapport entre ce qui est promis et ce qui est livré.

La Classics Moneta Handwinding en détail

La collection Moneta est apparue en 2024 avec une interprétation quartz, dont Frédérique Constant a fait rapidement l'un de ses meilleurs succès récents. La version retenue par le GPHG en est la déclinaison mécanique, à remontage manuel.

Le boîtier en acier poli mesure 38,5 mm de diamètre pour 10,13 mm d'épaisseur, soit un format légèrement plus généreux que la version quartz de 37 mm. Le trait distinctif reste la cannelure. Là où la plupart des marques la placent sur la lunette extérieure, Frédérique Constant la loge sous la glace saphir bombée. Le motif est ainsi protégé de l'usure, il accroche la lumière différemment selon l'angle, et le profil du boîtier reste lisse.

Ce détail donne son nom à la collection. Moneta signifie pièce de monnaie en italien, et la cannelure reprend le crénelage de la tranche d'une pièce frappée. Le geste n'est pas décoratif au hasard : la tranche cannelée fut historiquement un dispositif anti-fraude, destiné à rendre visible tout rognage du métal précieux. C'est une référence que reconnaîtra quiconque a déjà passé le pouce sur la tranche d'un dirham.

Le cadran est saumon fumé, avec une texture grenée et un dégradé qui s'assombrit vers la périphérie. Ce fond plus sombre en bordure sert de contraste aux index appliqués facettés et polis miroir, ainsi qu'aux aiguilles dauphine. Un compteur de petite seconde légèrement encastré occupe la position 6 heures, avec le même effet de dégradé. Bracelet alligator noir à couture ton sur ton et boucle ardillon en acier.

La référence est la FC-435BBL3S6, éditée à 999 exemplaires, au prix public suisse de 1 995 CHF.

Le calibre FC-435, et ce qu'il faut en comprendre

C'est ici que la lecture demande un peu de contexte industriel. Citizen a acquis La Joux-Perret en 2012, puis Frédérique Constant en 2016. Les deux maisons appartiennent donc au même groupe.

Frédérique Constant développe et produit ses propres calibres, trente-cinq à ce jour, qu'elle réserve à sa ligne Manufacture. Concevoir un mouvement d'entrée ou de milieu de gamme depuis zéro coûte cher pour un volume qui ne le justifie pas. Plutôt que de s'approvisionner chez Sellita ou ETA, la marque se tourne vers sa maison sœur.

Le FC-435 est donc un mouvement La Joux-Perret personnalisé, version à remontage manuel du calibre G100. Il compte 29 rubis, bat à 28 800 alternances par heure et offre une réserve de marche de 63 heures. Le fond saphir laisse voir une portion du grand barillet, l'échappement et un décor Côtes de Genève.

Le choix du remontage manuel mérite d'être souligné, parce qu'il n'est pas seulement esthétique. L'absence de masse oscillante dégage la vue sur le mouvement et permet de contenir l'épaisseur, ce qui sert directement le caractère habillé de la montre.

Un point d'honnêteté s'impose : il ne s'agit pas d'un mouvement manufacture au sens où Frédérique Constant l'entend pour sa ligne éponyme, et la marque ne le présente pas comme tel. C'est un calibre de groupe, bien construit, correctement fini pour son segment. Confondre les deux niveaux ne rend service à personne.

Une seconde sélection, à l'autre bout du catalogue

La deuxième montre retenue est la Classic Worldtimer Manufacture, en lice dans la catégorie Petite Aiguille, qui couvre le segment tarifaire immédiatement supérieur. Celle-ci repose sur un mouvement développé en interne.

Le contraste est intéressant. Frédérique Constant se retrouve simultanément en compétition sur son terrain historique, la mécanique accessible, et sur celui qu'elle construit depuis vingt ans, la manufacture intégrée. Peu de maisons de cette taille peuvent se présenter des deux côtés de cette ligne la même année.

Anecdote qui n'en est pas tout à fait une : Pim Koeslag, directeur et horloger de la marque indépendante Christiaan Van Der Klaauw, également sélectionnée cette année, a passé de longues années à développer les pièces compliquées de Frédérique Constant. L'école genevoise essaime.

Ce que cette sélection change pour un acheteur au Maroc

Peu de choses sur l'objet lui-même, et il faut le dire clairement. Une nomination ne modifie ni le mouvement, ni la finition, ni la qualité de fabrication. La montre est exactement la même le 2 septembre qu'elle l'était le 31 août.

Ce qui change, c'est la visibilité et la validation par les pairs. Une pièce présélectionnée au GPHG a été examinée et retenue par un millier de professionnels du secteur, ce qui constitue un signal utile pour un acheteur qui n'a pas les moyens de comparer lui-même des dizaines de références.

Sur le prix, un repère : 1 995 CHF représentent environ 23 000 MAD au taux de change actuel. Ce chiffre est une conversion indicative du tarif public suisse, et non un prix de vente au Maroc. Les droits d'importation, la TVA et la structure de distribution locale s'y ajoutent, comme pour toute montre suisse vendue sur le marché marocain.

Un mot enfin sur l'édition limitée. Neuf cent quatre-vingt-dix-neuf exemplaires à l'échelle mondiale, cela signifie une allocation restreinte par marché, et donc une disponibilité réelle qui dépendra des arbitrages du distributeur. Cela ne signifie pas pour autant une montre destinée à prendre de la valeur. À ce niveau de tirage et sur ce segment, il faut acheter la montre pour ce qu'elle est, pas pour ce qu'elle pourrait valoir.

Le verdict le 8 novembre

Les 84 finalistes seront exposés successivement à Mumbai, Bangkok puis Genève, où la cérémonie de remise des prix se tiendra le 8 novembre 2026. L'exposition se poursuivra ensuite à Londres.

D'ici là, l'Académie procédera au second vote. La Moneta Handwinding affronte un plateau sérieux, et rien ne garantit qu'elle en sorte lauréate. Mais figurer parmi les six finalistes Challenge, pour une montre à remontage manuel vendue sous les 2 000 francs, constitue déjà une reconnaissance qui dit quelque chose de juste sur la trajectoire de la maison.