Peter et Aletta Stas : la maison genevoise née d'un nom de famille

Ni rachat, ni résurrection : un nom de famille, deux jeunes Néerlandais et trente-huit ans de travail pour devenir une manufacture genevoise.

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Peter et Aletta Stas : la maison genevoise née d'un nom de famille
Peter and Aletta Staas, founders of Frederique Constant

En 1988, Genève n'attendait personne. La ville avait ses maisons centenaires, ses dynasties d'établisseurs, ses noms gravés au fronton des ateliers depuis plusieurs générations. Peter Stas avait vingt-cinq ans et venait de terminer ses études d'économie à l'université Erasmus de Rotterdam, avant d'entrer chez Philips comme chef de produit marketing. Aletta Bax, diplômée de l'université de Leyde, en avait vingt-trois. Ensemble, ils décident de dessiner leur propre collection de montres.

Trente-huit ans plus tard, la maison qu'ils ont fondée conçoit et assemble ses calibres dans sa propre manufacture, à Plan-les-Ouates, dans le canton de Genève. Entre ces deux dates, il y a une histoire que l'on raconte souvent de travers.

Un nom de famille, pas une marque ressuscitée

On lit parfois que Frederique Constant serait un ancien nom helvétique remis en circulation, comme tant d'autres dans l'horlogerie. Ce n'est pas le cas. Le nom ne vient pas d'un catalogue d'archives, il vient de la famille.

Frédérique Schreiner (1881-1969) et Constant Stas (1880-1967) sont deux arrière-grands-parents des fondateurs. Constant Stas avait créé en 1904 une entreprise de fabrication de cadrans. Détail rarement relevé : les deux prénoms se retrouvent dans l'état civil des fondateurs eux-mêmes, qui s'appellent Aletta Françoise Frédérique et Peter Constant.

Le geste est familier au Maroc, où nombre de maisons de commerce, de Fès à Casablanca, portent le nom d'une lignée plutôt que celui d'un produit. Donner son nom à une enseigne, c'est engager la famille avant d'engager la marchandise. Les Stas ont fait exactement cela, sans héritage industriel à faire valoir, avec seulement un nom et une conviction.

Le seul nom suisse que le couple ait réellement relancé viendra plus tard : Alpina, maison fondée en 1883, rachetée en 2002 pour compléter l'offre par des montres de sport.

1988 à 1994 : quatre ans de dessin, puis un signe distinctif

Le projet naît avant même l'installation en Suisse. Il faut quatre ans de travail pour que la première collection voie le jour en 1992. Baptisée collection 18e siècle, elle est équipée de mouvements suisses assemblés par un horloger genevois. Le positionnement est posé dès le départ : des montres classiques, fidèles aux codes de la haute horlogerie, rendues accessibles à des amateurs qui n'avaient jusque-là que peu de portes d'entrée.

Deux ans plus tard, en 1994, arrive la montre qui va donner à la maison son identité visuelle. Le Heart Beat présente une ouverture sur le cadran, à midi, qui laisse voir le balancier en mouvement. L'idée est simple et d'une efficacité rare : montrer au porteur que sa montre est vivante, qu'un organe oscille à l'intérieur plusieurs fois par seconde. Ce cœur visible deviendra la signature de Frederique Constant, et le procédé sera largement repris ailleurs.

Le couple s'installe ensuite à Carouge, dans le canton de Genève. La maison expose pour la première fois dans les grands salons horlogers suisses, puis quitte Carouge pour un site de production plus vaste à Chêne-Bourg. C'est à cette époque que s'impose la devise Live Your Passion, pensée pour ceux qui, comme les fondateurs, font de leur passion un travail.

De l'assemblage à la manufacture

Pour une jeune maison, dessiner de belles montres ne suffit pas à gagner le respect de Genève. Le respect, dans ce milieu, passe par le mouvement. Aletta et Peter Stas le savent, et ils vont s'y consacrer.

En 2002, l'horloger Pim Koeslag rejoint l'équipe de développement. Il coordonnera les travaux techniques de la maison pendant près de deux décennies. Le premier calibre maison, dont le développement avait commencé en 2001, est présenté en 2004 : le FC-910, entièrement développé et assemblé en interne. Pour marquer l'événement, il reprend l'ouverture Heart Beat, placée cette fois à six heures. Le signe distinctif de 1994 devient la preuve de 2004.

En 2006, l'inauguration du bâtiment de Plan-les-Ouates donne à la maison un outil de production à la hauteur de ses ambitions. Suivent un tourbillon manufacture, le FC-980, avec un échappement en silicium, puis une succession de complications développées en interne : calendrier perpétuel, phases de lune, chronographes. En 2008, Peter Stas, Pim Koeslag et Robert van Pappelendam fondent également une nouvelle marque au sein du groupe, Ateliers deMonaco.

Une précision honnête s'impose ici, parce qu'elle éclaire tout le catalogue. Frederique Constant ne fabrique pas tous ses mouvements. Les collections d'entrée, les Classics et leur sous-ligne Slimline, reposent sur des calibres de fournisseurs suisses, réglés et habillés par la maison. La gamme Highlife, au bracelet intégré, occupe le registre sport-chic. Les calibres développés et assemblés à Plan-les-Ouates sont réservés à la gamme Manufacture, qui réunit le Heart Beat et les grandes complications. Savoir où se situe une montre dans cette architecture, c'est savoir ce que l'on achète.

2016 : assurer la suite

Toute maison familiale finit par affronter la même question : que devient-elle après ses fondateurs ? En 2016, Peter et Aletta Stas y répondent en acceptant une proposition de rachat du groupe japonais Citizen. Frederique Constant, Alpina et Ateliers deMonaco rejoignent ainsi un groupe capable de leur garantir un avenir à long terme. La même année, le groupe reprend ses principaux distributeurs, dont celui de la Suisse, son premier marché.

Ce choix a un prix, et il faut le dire : la maison n'est plus indépendante. Il a aussi une contrepartie : la production reste à Genève, les équipes restent en place, et l'outil industriel continue de grandir. Niels Eggerding, arrivé dans la maison en 2012, en prend la direction générale en 2018. Le site de Plan-les-Ouates a depuis été agrandi, passant d'environ 3 200 à 6 200 mètres carrés, avec un espace musée consacré à l'histoire de la maison.

Il y a une forme de cohérence dans ce passage de relais. Des fondateurs qui avaient bâti leur maison sur un nom de famille ont choisi de la confier à une structure capable de la faire durer, plutôt que de la laisser s'éteindre avec eux.

Pourquoi cette histoire compte pour les montres suisses au Maroc

Maison Madar a choisi Frederique Constant comme première maison. Ce choix ne tient pas seulement aux montres. Il tient aussi à ce que raconte leur origine.

Peter et Aletta Stas étaient des étrangers à Genève. Ils n'avaient ni atelier hérité, ni réseau, ni nom connu. Leur légitimité, ils l'ont construite pièce après pièce, en expliquant ce qu'ils faisaient et en le faisant bien. C'est un modèle que nous prenons au sérieux : au Maroc, l'horlogerie suisse s'est longtemps présentée sans pédagogie, comme si le prix suffisait à dire la valeur. Nous pensons l'inverse. Une montre se comprend avant de s'acheter.

Connaître une maison, c'est connaître ceux qui l'ont faite, les choix qu'ils ont assumés et ceux qu'ils ont dû concéder. C'est ce que le Journal continuera de faire pour chaque référence présentée chez Maison Madar : dire d'où elle vient, ce qu'elle contient, et à qui elle s'adresse.

Frederique Constant au Maroc : questions fréquentes

Qui a fondé Frederique Constant ?

La maison a été fondée en 1988 par un couple néerlandais, Peter Stas et Aletta Stas-Bax. La première collection a été présentée en 1992.

Frederique Constant est-elle une marque suisse ?

Oui. La maison est établie à Genève et produit ses montres dans sa manufacture de Plan-les-Ouates. Elle appartient depuis 2016 au groupe japonais Citizen, qui a conservé la production en Suisse.

D'où vient le nom Frederique Constant ?

Le nom associe les prénoms de deux arrière-grands-parents des fondateurs, Frédérique Schreiner et Constant Stas. Ce dernier avait fondé en 1904 une entreprise de fabrication de cadrans.

Qu'est-ce que le Heart Beat ?

C'est l'ouverture pratiquée sur le cadran qui laisse voir le balancier en mouvement. Apparue en 1994, elle est devenue la signature de la maison et figure sur le premier calibre manufacture, le FC-910, lancé en 2004.

Où découvrir les montres Frederique Constant au Maroc ?

Maison Madar prépare l'ouverture d'un showroom à Casablanca consacré aux montres suisses au Maroc, avec Frederique Constant comme maison de lancement. En attendant, le Journal et notre compte Instagram présentent la collection référence par référence.